Je vous partage ce texte sur l'oraison de Marie-Eustelle Harpain, jeune mystique du XIXè siècle (1814-1842), jeune paroissienne couturière et lingère en la paroisse St Pallais de SAINTES au
diocèse de LA ROCHELLE:
Simplicité, sagesse et bon-sens... cela vaut bien tous les livres sur l'oraison et la prière dont on ne sait que faire... c'est la grâce que le Seigneur réserve aux petits... tu n'es ni sage, ni
savant? N'aie aucune inquiétude... prie comme tu respires!
"Il est essentiel, pour disposition à la sainte oraison, de travailler à acquérir la mortification intérieure, qui consiste à ruiner ses
petits penchants naturels ; car plus nous aurons soin de vider notre âme de nous-même, plus l’Epoux céleste la remplira. Lorsqu’on veut remplir un vase de quelque liqueur précieuse, on a
soin ordinairement de le nettoyer. De même notre âme a besoin d’être pure pour contenir le parfum de l’oraison.
Allez à Jésus dépouillé de vous-même, tenez-vous à ses pieds comme l’amante Madeleine.
La prière est une élévation de notre cœur vers Dieu ; la connaissance de ce qu’il est et de ce que nous
sommes suffit en sa présence pour nous maintenir dans l’humilité la plus profonde. Dieu est au dedans de nous plus que nous ne sommes en nous-mêmes. Aussi Jésus-Christ disait-il :
« Le royaume de Dieu est au dedans de vous. » Accoutumez-vous à voir notre bon Sauveur présent dans votre âme et reposant sur votre cœur, et cela dans l’oraison.
Soyez devant lui comme une plante malade qu’on expose aux bénignes influences de l’astre du jour ; comme un
pauvre à la porte d’un riche ; comme une goutte d’eau qui s’abîme dans l’Océan ; comme le néant qui se perd dans son tout.
Dites comme l’aveugle de l’Evangile : « Seigneur, faites que je voie. »
C’est surtout la divine
Eucharistie qui doit être le sujet de votre oraison. Lorsque votre cœur s’unit à ce Dieu sauveur, la vue de cette faveur doit occuper votre âme et l’embraser du céleste amour ; demeurez
alors calme et paisible devant Jésus, comme une statue que son maître aurait placée dans une niche. Écoutez Jésus et répondez-lui intérieurement, il entendra bien votre langage. Aimez-le
doucement, sans crainte, sans inquiétude ; laissez-vous pénétrer de son amour ; les désirs suffisent quelquefois dans la prière, et la confiance la plus parfaite en doit être le
fruit.
Enfin, ne vous rebutez pas des difficultés que vous pourrez rencontrer dans cet exercice ; le démon sait le
bien qui en résulte : aussi tâche-t-il d’en détourner les âmes. Mais ayez bon courage ; aimez beaucoup.
Pour cela, il faut du temps ; le jardinier qui sème n’est pas près de recueillir les fruits ; il attend
que le pépin qu’il a confié à la terre devienne un rejeton et qu’il grandisse ; puis il y insère la greffe, autrement ce ne serait qu’un sauvageon ; il lui donne, s’il est nécessaire,
un tuteur pour le soutenir, il le soigne lui-même, il le taille quand le temps est venu. Ce n’est qu’après tous ces soins divers que l’arbre produit des fleurs, qui plus tard se changent en
fruits.
Il en est de même de notre âme. Le jardinier qui la cultive, c’est Jésus. Mais il faut que nous coopérions à sa
culture. Cette coopération est facile, la grâce est là pour nous assister. Comptez donc bien sur son secours. Aimez l’oraison : elle seule dispose d’une manière parfaite à la sainte
Communion. Faites-en vos délices."
Marie-Eustelle
HARPAIN.
Bien à vous tous. Frère Bernard-Marie.