Comment pouvons-nous échapper à la tentation de faire de l’Église une sorte de syndicat d’initiative de biens spirituels ou un supermarché de valeurs culturelles ? Comment nous dégager d’un esprit de consommation du religieux auquel on a recours en cas de besoin et duquel on attend les meilleurs services à sa porte ? En posant ces questions, je me rends compte que je pointe un mouvement humain très naturel et spontané qui consiste à juger de tout en fonction de mes attentes personnelles. Si nous voulons échapper à ce travers, il nous faut entrer dans un dynamisme particulier qui est le dynamisme de l’amour. Comme Jésus dit de lui-même que « le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir », il invite ses disciples à se faire serviteurs les uns des autres, à chercher à servir plutôt que d’être servis.
Ce retournement des priorités ne peut pas être le fruit d’un simple effort moral, il suppose une conversion du cœur, qui ne peut être que le fruit de l’amour « répandu en nos cœurs par la foi. » Les disciples parviendront à cette nouvelle dynamique par le don de l’Esprit-Saint, l’esprit de Jésus. Nous ne parvenons à cette nouvelle orientation de nos forces intérieures et de nos activités que par le don de l’Esprit qui nous est fait dans les sacrements du baptême et de la confirmation, renouvelés par la réconciliation et par la communion eucharistique.
Devenir les témoins du Christ là où nous sommes, dans notre environnement familial, dans notre vie professionnelle, dans nos temps de loisirs, auprès de nos amis et devenir témoins du Christ auprès de toutes les nations, les nations représentées dans notre société, comme les nations répandues à travers le monde n’est possible que si nous demandons et si nous accueillons « la force d’en-haut », la force qui vient de Dieu, Dieu lui-même.
Cette certitude que c’est Dieu lui-même qui pousse son Église hors de ses limites est la source de notre confiance et de notre sérénité. Nous ne sommes pas des militants de nos propres idées, ni des représentants en valeurs spirituelles, nous sommes envoyés par l’Esprit pour devenir témoins de quelqu’un qui ne nous appartient pas.
3. Le ministère épiscopal.
L’évêque est envoyé à une Église particulière pour veiller à la manière dont elle participe à la mission universelle confiée par Jésus à ses disciples. Cher Père Colomb, en vous envoyant dans le diocèse de La Rochelle et Saintes, le Pape François vous confie la mission de fortifier le Peuple de Dieu vivant dans ce diocèse et de lui rappeler sans cesse que l’Église du Christ est vraiment fidèle à sa mission quand elle porte ses regards, son cœur et ses actions au-delà de ses limites visibles.
Vous êtes envoyé comme un signe sacramentel de la place de ce diocèse dans la communion universelle de l’Église et pour arracher chacune des communautés qui constituent le diocèse à la tentation de se croire l’Église à elle toute seule. Comme le prêtre qui préside la célébration eucharistique en étant le témoin d’un don qui vient d’en-haut, vous présiderez à la vie du diocèse, en étant le témoin de la mission confiée par Jésus à ses disciples. Par la célébration des sacrements avec vos prêtres et vos diacres, vous nourrirez toute la communauté de la Parole de Dieu et du Pain de Vie.
Dans l’exercice de votre responsabilité, vous vous appuierez sur la grâce de la communion pour relancer sans relâche le dynamisme missionnaire. Votre expérience dans la Société des Missions Étrangères de Paris vous a rendu familier de l’annonce de l’Évangile dans des cultures et des traditions différentes des nôtres. C’est dire que vous savez observer et respecter des cultures différentes et des histoires particulières et en apprécier les richesses. Dans votre responsabilité de Supérieur Général, vous avez acquis une expérience de l’autorité ecclésiale qui n’est jamais une domination mais toujours un service. Mais par-dessus tout, c’est votre expérience et votre conviction missionnaire qui nourriront votre action et à laquelle vous aurez le souci d’associer tous les membres de ce diocèse ouvert vers le grand large. Par l’imposition de nos mains, vous allez entrer dans le collège apostolique et devenir garant de la communion ecclésiale dans ce diocèse de La Rochelle et Saintes. Que l’Esprit-Saint que vous allez recevoir en plénitude vous donne sa force et sa paix ; qu’il vous comble de la joie que nul ne peut nous ravir ! Que devienne une vérité perceptible les paroles que vous avez choisies pour marquer votre épiscopat : « Ma grâce te suffit ». Amen