J’avais 13-14 ans - c’était l’époque de ma confirmation - lorsque j’ai eu la grâce de passer d’un catéchisme appris à cette expérience spirituelle intime où tout à coup, on expérimente en soi-même une présence bienveillante que l’on reconnaît comme celle de Dieu … Il y avait en moi plus que moi : comme un souffle, une énergie, une espérance, une Parole qui dynamise de l’intérieur, une force qui donne l’assurance et l’audace de CROIRE… Avant cette expérience, je croyais en Dieu comme on croit au Père Noël , à cause de mes parents, de mes catéchistes qui me disaient que c’était bien de croire. Tout cela m’était bien extérieur : j’assistais aux offices comme un spectateur assiste à une pièce de théâtre qu’il apprécie plus ou moins… Mais le jour où j’ai perçu le CHRIST comme une présence réellement vivante au cœur de ma vie, tout mon désir s’est alors mué en un formidable désir d’entrer en scène (en cène ?) et de devenir acteur…
J’étais alors en internat dans un collège militaire, me destinant à une carrière dans l’armée, en passant par l’une ou l’autre des grandes écoles préparatoires comme Naval ou St Cyr. Crise d’adolescence oblige – nous sommes tout juste dans l’après 68 – j’oublie quasiment tout de cette première expérience spirituelle forte… Je me définis alors comme un incroyant.
C’est peu avant mes 18 ans qu’un événement familial fort va être à l’origine d’un nouveau bouleversement : Quelques jours avant Noël, nous enterrons mon grand-père paternel. Dans la famille, c’est ma première réelle expérience de deuil. Mon grand-père était pour tous un modèle par sa qualité d’être ; un homme référent, combattant des deux grandes guerres, un homme d’un humanisme, d’une bonté et d’une droiture exemplaires… L’initiateur quelque part de ma future vocation militaire. Pour tous, le choc de son départ est bien rude . Cette année-là, deuil oblige, il nous fut pratiquement interdit de vivre Noël : la mort l’emportait sur la vie.
Il n’en fallut pas plus pour que mon cœur de jeune se révolte devant cette espèce d’injustice, devant ce scandale de la mort qui finalement semblait avoir le dernier mot… Je n’en voulais pourtant pas à Dieu, puisque je n’y croyais plus vraiment. Devant cette injustice, ma révolte était tout humaine, d’autant que venaient s’y mêler toutes ces autres injustices que je découvrais dans les romans d’Emile Zola qui étaient mes lectures du moment…
Sans doute était-ce le moment choisi de Dieu : sans que je n’y sois pour rien, c’est alors que la Parole qui dynamise de l’intérieur se réveilla en moi . Comme une onde, un flot irrésistible remontant du plus profond de moi-même, cette simple Parole, à la fois ferme et douce, m’envahissait sans me brutaliser : « J’AI VAINCU LA MORT ! J’AI VAINCU LA MORT ! » Ces quelques mots étaient pour moi autant Lumière que Parole et une grande Paix m’envahit. Noël était passé d’une dizaine de jours ; c’était la fin des vacances scolaires… Ce jour-là, je retrouvais en moi la présence du CHRIST qui ne m’avait en fait jamais quitté… Ce jour-là la BONNE NOUVELLE était vraiment trop forte pour ne pas être partagée : dans mon cœur, je décidais, presque sur le champ, de devenir PRÊTRE pour annoncer au monde : « CHRIST A VAINCU LA MORT ! »
Toujours au collège militaire, je terminais mon cycle d’études jusqu’au bac et renonçais aux écoles préparatoires ; j’accomplissais mon service militaire dans la foulée pour finir de conquérir ma liberté et je rentrais au Séminaire inter-diocésain de Poitiers ; 10 ans plus tard, après une escale monastique à la Trappe de Timadeuc, j’étais ordonné prêtre par Mgr Jacques David alors évêque du diocèse de La Rochelle et Saintes.